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 1 / Livre une vie, ma vie...

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Maurice

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MessageSujet: 1 / Livre une vie, ma vie...   Dim 16 Sep - 1:33

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Prologue de: Une vie, ma vie.

Suite à mes deux livres sur la marine, mon documentaire sur cette marine, je me suis lancé dans un nouveau livre : Une vie, ma vie de ma naissance à maintenant. ce n'est qu'après tous ces écrits que, découvrant ma charmante vivi sur le net, je me suis mis aux poèmes.

Dans les années 60, à 24 ans, l'auteur devenu marin pour fuir une première femme et la crise de mai 68, attendra 30 ans pour nous livrer ses souvenirs du bout du monde en deux volumes parus en 1998 et 1999:

De Bâbord à Tribord, tome I & II

Enfin à la retraite en 2004, il reprend la plume comme promis, cette fois-ci pour nous raconter simplement sa vie, de sa naissance à maintenant en n'oubliant rien, ou presque.

Comme dans ce dernier livre l’écriture est aussi crue que dans ses premiers écrits, cela nous promet des scènes cocasses, osées, à la limite du racontable, mais si le lecteur a supporté les histoires de marin, il n'y a aucune raison qu'il ne supporte pas celles-ci.

Bonne lecture.

La naissance, l'enfance, la scolarité

1943, la France est en guerre, les allemands maîtres du pays, l'envahissent. Nous sommes à La Ferté-St-Aubin, petit village du Loiret, à vingt kilomètres au sud d'Orléans, en descendant sur Vierzon.
Les hommes valides, non engagés dans l'armée font vivre le village. Seule contrainte que l'occupant leur impose: faire des tours de garde la nuit, pour que les maquisards ne fassent pas sauter le pont ferroviaire, enjambant la petite rivière "le Cosson" et le dépôt de munitions de l'usine du domaine de Chevaux, aux mains de l'ennemi. Contraintes faciles à détourner, car les allemands, ne connaissant pas la populace, exigeaient uniquement un certain nombre d'hommes valides chaque soir, à tel ou tel endroit.
C'est ainsi qu'en août 1943, une nuit où un homme désigné de garde pour la nuit, échangea son tour avec le mari de ma mère, ceci pour je ne sais plus quelle denrée vitale pour l'époque et, suivant le dicton bien connu:- « Qui va à la chasse perd sa place » que, neuf mois plus tard, le vingt-six avril 1944, à cinq heures du matin naquit un superbe bébé de dix livres; votre serviteur.
N'étant pas sur Terre pour juger des agissements de ses parents, surtout avant ma naissance, je passerai outre le côté moral de l'acte pour ne vous parler dans ce récit que de ce beau bébé venu au monde pratiquement en même temps qu'à la fin de cette der des ders, comme disaient les anciens.
Je ne peux pas dire que j'eus une enfance malheureuse, bien qu'étant élevé les premiers mois avec les bons de rationnements distribués par la marie.
Mon père, (je n'ose user du terme père génétique et père nourricier, c'est pourquoi je ne parlerai dans ce livre que de celui dont je porte le nom). Ce père donc, ne gagnait pas trop mal sa vie, chef noyauteur aux fonderies de Sologne, place de la gare a La Ferté St Aubin, était rentré dès qu'il avait quitté l'école primaire à douze ou treize ans, pour n'en ressortir que près de cinquante ans plus tard, l'âge de la retraite étant atteint»
Ma mère, avec mes deux autres frères plus grands, était ce que l'on appelle une mère au foyer et, seule la paie de mon père assurait la bonne marche de cette petite famille.
La guerre terminée, le village nettoyé des restants de bombardements, chacun pouvait enfin reprendre une vie normale. Ce fut pour moi le moment de rentrer à la petite maternelle. Je n'avais que deux ans et demi. Si petit pour la maternelle, que c'était mon grand frère, de six ans mon aîné qui me tenait par la ceinture pour me conduire à l'école, de peur que je ne me sauve retrouver ma mère.
Il parait que l'on ne se rappelle pas des faits et gestes que l'on a avant trois ans, pourtant, j'ai encore des bribes de souvenirs de cette époque.
Ma première institutrice s'appelait mademoiselle Langlois, une très vieille dame très gentille envers moi, car je ne me souviens pas avoir été grondé ou puni pendant toute cette période de maternelle. Comme j'étais le plus jeune de sa classe, il est possible aussi que je sois devenu le chouchou de la maîtresse, et que de ce fait, elle devait passer les petites fautes légères de ce beau poupon blond au yeux bleus.
Le programme journalier a été longtemps le même des années durant: le matin on nous éveillait avec des livres pleins de dessins et de textes que la maîtresse nous lisait. L'après-midi, sieste obligatoire, assis, la tête reposant sur nos pupitres, avec interdiction de chahuter, (sinon gare à la fessée!) et il fallait rendre des bons-points que l'on avait eu du mal à se faire offrir pour de bonnes notes obtenues ultérieurement. Déjà l'ombre de la carotte et du bâton...
Une chose dont je me rappelle aussi ou plutôt que ma mère ma raconta plus tard, c'était que j'étais déjà intrépide pour mon âge.
Du fait que mon père était chef mouleur à la fonderie de Sologne, nous habitions une maison de fonction, juste à l'angle, de la rue Masséna et de la place de la gare. Avant nous, cette grande demeure était une épicerie buvette avec beaucoup de pièces et une grande cours où je jouais, seul ou avec mes frères.
D'après ma mère, je n'avais pas encore quatre ans quand, depuis la fenêtre de la cuisine, elle me vit seul dans la cour grimper sur des tréteaux posés près du mur. D'escalades en escalades, je me retrouvai d'abord sur le toit de la buanderie pour finir carrément sur le sommet de notre maison.
Elle me racontait:
-'" Quand je t'ai vu là-haut, je n'ai pas crié, je ne t'ai pas appelé de peur que tu ne tombes, j'ai attendu calmement que tu redescendes par toi-même, mais j'ai dû prendre dix ans en cinq minutes!",
La pauvre, elle souffrait déjà à cause de moi, et pourtant ce n'était que le début. Petite maternelle, grande maternelle, tout cela se déroula calmement. Puis vint le passage pour la grande école. Nous sommes maintenant au tout début des années cinquante.
La seule condition pour passer le pas et se retrouver chez les grands, était qu'il fallait savoir lire, disons quelques lignes, sans plus, mais surtout il fallait savoir écrire, à l'encre s'il vous plaît, la pointe Bic n'ayant pas encore fait son apparition. Je passai facilement cette épreuve, assimilant tout ce que l'on avait bien voulu me faire entrer dans le crâne.
Ce n'est que bien plus tard que je devins le cancre que tous les instits maudirent, mais qui réussit quand même à passer son C.A.P. de monteur-électricien en bâtiment, après trois années d'internat dans un collège d'enseignement professionnel.
Mais ne brûlons pas les étapes, et restons pour le moment en primaire. Je ne vais pas passer en revue chaque classe, du cours préparatoire au certif, mais vous raconter au fur et à mesure de mes souvenirs, des anecdotes susceptibles d'intéresser le lecteur.
En C.P., j'étais cancre à tel point que l'instit m'envoyait porter des mots doux à sa maîtresse (sic) justement parce que je ne savais pas lire, donc incapable de déchiffrer le message. Mais manque de chance, dans le couloir, je tombai nez à nez avec ... le mari de la destinataire de la missive, (autre instit) qui l'ayant lu me dît de la porter à destination, sans le dire à celui qui me le fit acheminer.
Les jours suivants, il n'y eut pas à signaler de meurtres, ni de gueules cassées. Les enseignants sont une grande famille, mais quand même!
Un soir de colle, comme pratiquement tous les soirs (n'est pas cancre qui veut), je me retrouvai dans une salle d'étude attendant que mon bourreau vienne me délivrer. Je devais avoir onze ans. Au lieu du prof libérateur, c'est un autre qui, passant par là, intrigué par la lumière dans cette salle, devant être vide à cette heure, me trouva seul, apeuré. C'était mon futur instit pour l'année prochaine. J'avais déjà redoublé une fois, je devais passer enfin cette fois-ci, il me demanda les motifs de ma colle, je bredouillai n'importe quoi, ce qui eut pour but de l'énerver. -"Dire que l'année prochaine tu passes dans ma classe, je n'ai pas fini de m'amuser avec toi!"
S'il en était resté là... Mais la vision de ce cancre irrécupérable à ses yeux qu'il devait endurer toute une année le mit hors de lui, et il me flanqua une paire de gifles bien administrées. -"Rentre chez toi, je dirai à celui qui t'a puni que c'est moi qui ait levé la punition".
La vache, l'autre au moins ne m'aurait pas frappé! En fin de compte, je restai deux ans dans sa classe juste avant celle du certif. Deux ans à souffrir car, toujours aussi cancre il ne se privait pas de temps en temps de me faire comprendre que les nuls comme moi étaient matés à force de grandes claques et de coups de règles sur les doigts.
Cela s'est quand même mal terminé pour lui. En fin d'année il voulut me donner une dernière correction, mais c'était sans compter sur la hargne que j'avais accumulée envers ce type et, à rapproche de mes quatorze ans, grand gaillard déjà musclé je lui rentrai dedans avant qu'il ne lève la main sur moi.
Cela me valut trois jours de mise à pied ce qui, dans les années cinquante fit grand bruit dans tout le canton.
La dernière année avant le certif se passa mieux merci, le prof me foutant une paix royale.
Grâce à ce répit, me mettant enfin au travail pour le but final, je passai avec succès l'épreuve du C.E.P.
Ce certificat d'étude primaire voulait juste dire que je savais lire, écrire et compter. Il fallait maintenant apprendre un métier.

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MessageSujet: Re: 1 / Livre une vie, ma vie...   Dim 16 Sep - 18:59

Très beau partage Merci







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MessageSujet: Re: 1 / Livre une vie, ma vie...   Ven 12 Oct - 0:04

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D'autres souvenirs de mon enfance retrouvés, avant le collège

La fièvre du samedi soir
Au Cosson, appellation donnée au terrain longeant la rivière du même nom. De nos jours, il y a la piscine, le terrain de camping et une aire de jeux. Je l'ai connu dans les années 50, où il y avait encore les deux terrains de tennis. La mère monette* amenait ses vaches tous les après midi de derrière la gare pour les faire paître la où maintenant se trouve le terrain de camping. Tout cela se situait près de la ligne de chemin de fer.
De l'autre côté, entre le casino du cosson (nom du bar-restaurant) et la N 20, les baignades étaient autorisées, par contre il fallait se baigner devant le déversoir, car juste derrière, les égouts des abattoirs rejetaient le sang des bêtes abattues. D'ailleurs, dès que nous entendions un beuglement dans les hangars, à seulement vingt mètres de nous, dans les secondes qui suivaient, l'eau devenait rouge, il ne faisait pas bon se baigner à cet endroit.
A cette époque, le casino possédait encore des cabines avec douches, et louait pour l'après-midi des caleçons de bain.
De temps en temps, dans la prairie longeant la rivière, les municipalités organisaient des fêtes. Je me souviens, je devais avoir tout juste dix ans, un parquet (un bal itinérant) était installé à l'occasion de je ne sais plus qu'elle réjouissance communale.
Trop petit pour entrer dansé, bien sûr, je restai tout près de l'entrée pour profiter de la musique qui sortait du chapiteau. Un individu d'une trentaine d'années se trouvait également à l'entrée, par contre, il semblait attendre quelqu'un à sortir.
En effet, au moment où un groupe de jeunes sortirent, il se jeta sur l'un d'eux et lui envoya un coup de poing en pleine figure. L'agressé tomba par terre, l'autre n'en resta pas là, il voulut le frapper à nouveau, mais se ravisa aussitôt :
- "Merde, ce n'est pas le bon". Il s'était trompé de personne. Tout penaud, il aida le malheureux à se relever et lui expliqua:
- "Désolé mon vieux, mais tu ressembles trop au type qui m'a soufflé ma cavalière tout à l'heure, une petite mignonne qui m'avait promis la prochaine danse avant de se faire inviter par un autre. Je suis vraiment désolé, tu n'as qu'a me rendre le coup de poing que je t'ai donné, comme cela nous serons quittes".
Le pauvre vieux n'était pas aussi belliqueux que son adversaire, je les vis partir ensemble du côté de la buvette où, après quelques chopines bues ensemble, ils devinrent les plus grands amis du monde.

*La mère monette: ce n'était pas son vrai nom bien sûr, mais comme elle appelait toujours ses bêtes par ce mot là, ce nom lui est resté.

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MessageSujet: Re: 1 / Livre une vie, ma vie...   Ven 12 Oct - 6:41

Bonjour Très beau partage Merci belle lecture







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MessageSujet: Re: 1 / Livre une vie, ma vie...   Lun 15 Oct - 1:38

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Les années collège.

L'obtention de mon certificat d'étude fut le sésame pour avoir le droit de me présenter dans ce bahut afin d'apprendre le métier que j'avais choisi, à savoir: monteur électricien en bâtiment, remplacé depuis longtemps par électricien d'équipement.
Si le directeur de cet établissement avait pu savoir comment s'était comporté l'élève Renard pourtant si timide à première vue dans l'école de sa ville natale, je suis sûr qu'il aurait trouvé tous les prétextes pour que je ne sois pas admis dans ce centre.
Mais voilà, j'étais dans la place, et j'y restais trois ans, non sans mal. J'en sortis avec ce fameux certificat d'aptitude professionnelle (C.A.P.) qui, par la suite encore me fut très utile et surtout nécessaire pour avoir le droit de naviguer dans la marine marchande. Mais ceci est une autre histoire, racontée dans mes deux ouvrages précédents.
Revenons si vous le voulez bien à ces samedis de colle qu'il fallait bien meubler en attendant le samedi suivant
Il y aurait plusieurs histoires à raconter pour remplir un livre entier. Je n'en citerai donc que quelques unes:
Fort d'une réputation de défenseur du faible et de l'opprimé, je ne pouvais pas admettre que des pions de collège, guère plus âgés que moi (en troisième année j'avais près de dix huit ans) abusent de leur pouvoir pour crâner auprès des nouveaux.
A la récré, je me bagarrais avec un troisième année qui, à mes yeux emmerdait des premières années. Je sentis que l'on me tirait par les épaules. Pensant à un copain de celui que je tabassais venu le défendre, sans me retourner, j'envoyai un violent coup de poing... dans le ventre du surveillant qui tentait de nous séparer. Sous la violence du choc, il fut projeté en arrière et tomba à la renverse. Se relevant péniblement, en se tenant le ventre il hurla:
-"Renard, ton nom..." Abasourdi par le violent coup, il voulut me demander le numéro de mon trousseau pour faire un rapport au directeur sur cet élève si violent qui se permettait de corriger les pions de collège.
- Un soir, dans une salle d'étude, alors que je chahutais avec des camarades, la porte s'ouvrit, sur le directeur qui voulut nous calmer. Je pris une attitude arrogante à ses yeux, et il me lança:
-"Ne prenez pas cet air idiot Renard qui vous va si bien d'ailleurs!".
Je dus répondre pour ne pas perdre la rime: -"Bien M le directeur".
Le centre d'apprentissage de Montmirault était un ancien château, transformé en salles de cours, dortoirs et cantine. Tout le bâtiment était entouré d'un grand parc où, en temps normal nous n'avions pas le droit de nous y promener seuls.
Les cours d'éducation physique se donnaient dans ce parc, dans des endroits spécialement aménagés. C'est dans ces sorties encadrées que j'avais remarqué un potager et plusieurs arbres fruitiers, notamment des pommiers.
Un dimanche de colle donc, j'avais une envie de pomme. Avec un élève de première année, nous échappions à la garde du surveillant et nous voici partis dans le pare goûter le fruit défendu.
De grandes herbes hautes sous les pommiers nous camouflaient pendant que l'on se gavait de ces pommes pas encore mûres. Nous n'étions que fin juin, mais qu'importe, on se régala quand même.
Ce fut le bruissement des feuilles à quelques pas de nous qui me donna l'éveil. On se plaqua à terre, et écartant légèrement les herbes devant nous, je risquai un œil pour voir quel était l'intrus qui nous dérangeait ainsi.
C'était le directeur, un fusil à la main et tout près son chien qui nous avait levés. Que faire? La bête était en arrêt devant nous, à dix pas. «Le dirlo», derrière, voyant l'animal stopper net dans notre direction, pensant à un gibier traqué par son fidèle compagnon leva son fusil. Mon complice, mort de peur était incapable de faire quoi que ce soit.
Je paniquais aussi, mais me dus de faire quelque chose. Nous n'allions quand même pas nous faire canarder comme cela. Je surgis des fourrés en hurlant je ne sais quoi.
Quarante cinq ans après, j'imagine encore la tête du directeur.
Plus surpris que nous, il a baissé son fusil, a rappelé son chien et blême, pouvant à peine parler nous a dit avec un grand calme de rentrer immédiatement au centre.
L'histoire ne s'arrêta pas là, je m'attendais par la suite à des représailles justifiées-de l'autorité. Ce fut le lundi midi, en sortant du réfectoire.
Le directeur nous mit tous en rang, première, deuxième et troisième années confondues et, devant ces dizaines de pensionnaires étonnés il me fit sortir des rangs. Je pensais en moi-même:
-"Maurice, là tu as dépassé les bornes, devant tout le monde il va te foutre une volée que tu auras bien méritée".
Eh bien non! Il s'adressa à moi: -"Renard, tu aimes tant que cela les pommes ? Et avant que j'ai pu bredouiller une quelconque réponse il mit dans les poches de ma blouse toutes les pommes qu'il avait amenées dans un sac.
Pendant que je ramassais celles qui étaient tombées par terre, il expliqua à tout le monde que cet imbécile (moi) avait failli se faire tuer hier dans les conditions évoquées plus haut.
Ce fut ma seule punition, le pauvre directeur, tellement content de ne pas avoir tué deux de ses pensionnaires avait choisi de me faire honte devant tout le monde. Mais je n'étais plus à cela près, et ce ne fut pas la dernière connerie.
Tout autour du château donc, il y avait un grand parc, avec des sapins, immenses. De temps en temps, j'allais grimper au plus haut, et là, des heures durant, je méditais en regardant autour de moi le spectacle offert.
Un jour, je ne sais pas ce qui m'a pris, je suis monté comme d'habitude, mais avec une scie à métaux entre les dents.
Une fois là-haut, avant de redescendre, je coupai deux bon mètres de cime que je jetai au loin et, content de moi, je redescendis comme si de rien n'était.
Cela se passa un dimanche... de colle.
Tout les lundis matin, c'est notre directeur qui faisait l'appel des troupes, pour nous donner les consignes de la semaine, et surtout nous rappeler quelques règles de conduite dans un établissement d'une telle envergure.
-" N'est-ce pas Renard, pensais-je en moi-même".
Dans la cour es élèves faisaient face à la forêt et le directeur devant nous ne pouvait voir ce que certains avaient déjà repéré; ce grand sapin, juste devant eux, la tête coupée. Il y eut comme un mouvement de foule, plusieurs élèves interpellaient leurs camarades pour leur faire voir ce qu'ils n'osaient pas croire: le plus beau sapin du parc, décapité.
Le directeur, se retournant enfin, mit plusieurs secondes avant d'apercevoir à son tour l'objet du délit.
Rien, aucune réaction, il ne broncha absolument pas. Il nous ordonna de nous taire, et finit son exposé.
Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il me fit venir dans son bureau. Il ne parla même pas du sapin, ne me demanda même pas d'avouer la décapitation, car il savait très bien que ce ne pouvait être que moi l'auteur. De mon côté, je n'allais pas jurer mes grands dieux que je ne savais pas pourquoi j'étais dans son bureau.
Calmement, il prit la parole :
-"Renard, tu as dépassé les bornes, je ne peux plus te garder ici, vis à vis des premières années, tu es un très mauvais exemple, je te laisse inscrit pour le C.A.P. que tu dois passer à Corbeil dans quinze jours, tu te présenteras comme candidat libre, je ne veux plus te voir!".
Le pauvre, il avait quand même tenu près de trois ans.
Pensant encore à justifier sa conduite envers moi, il sortit une feuille d'un dossier et m'énuméra les rapports des profs et pions depuis mon entrée dans l'établissement:
- élève d'une insolence des plus rares et des plus vulgaires. Exemples:
- à la récréation, oblige sous la menace un élève de première année de traiter le maître d'internat de con.
- au réfectoire, casse l'assiette de son voisin et en menace le surveillant avec les morceaux.
- descente nocturne dans la remise de la cantine pour boire le vin destiné aux professeurs.
- fait le mur pour, en dehors des heures de sorties autorisées, passer son temps en face à l'épicerie, jouer au baby-foot. (Tu parles, en fait de baby-foot, c'était la fille de l'épicière qui m'accueillait les bras ouverts, et quand je dis les bras...).
J'en passe et certainement des meilleurs.
Ironiquement, il eut quand même le courage de me dire que le coup du sapin était trop récent pour l'inclure dans sa liste, mais qu'il y en avait suffisamment comme cela pour justifier mon renvoi. Tous ces rapports étaient envoyés à la maison par la poste, et il fallait que ma mère, après en avoir pris connaissance les renvoie signés au directeur, par courrier. Car si je mettais la main dessus, personne ne les retrouverait.
La pauvre! Que de soucis elle a dû se faire avec ce grand garnement qui lui procurait tant de misères! Je pense qu'elle fut soulagée, oh combien quand, un petit mois plus tard, je reçus ce papier annonçant ma réussite pour mes trois années d'internat.
Pour en revenir au sapin décapité et les virées en face, à l'épicerie, trente ans plus tard, avec ma femme et mes jumeaux, (la grande fille étant partie depuis peu en Suède), me promenant un dimanche, je fis voir à ma petite famille les endroits où, collégien, je passai trois années en internat. Je reconnus mon sapin qui pourtant, après si longtemps, ne s'était toujours pas remis de sa coupe forcée. De plus, en trafiquant sur la Ci-Bi* de mon véhicule, je rentrai en conversation avec une femme.
Après une petite discussion de quelques minutes, lui expliquant les motifs de ma venue en ses lieux, elle m'interrompit:
-"Tu ne serais pas Maurice par hasard? Est ce que tu es seul?"
Après tant d'années, il y avait prescription. Ma femme en rit encore. C'était elle, la petite de l'épicerie, qui, à la mort de ses parents avait repris le commerce devant mon collège.
Elle m'avait reconnu, trente ans plus tard. J'avais dû, à l'époque lui faire très bonne impression pour qu'après tant d'années elle rêve encore de son Maurice, si fougueux à l'époque.
Nous étions un dimanche, sa boutique était fermée, elle m'aurait certainement ouvert sa porte à nouveau pour se rappeler les bons moments passés ensemble, mais je n'ai pas osé, vis à vis de ma femme et des deux enfants. Tout seul peut être... mais avait elle quelqu'un de son côté? Elle ne me le dit pas, nous nous sommes quittés sur la CI-BI sans nous voir de visu.
Revenons à mon renvoi du bahut, quinze jours avant l'examen du C.A.P.
Viré comme un malpropre, je rassemblai tout mon paquetage, la valise énorme, le cartable plein de trois années de cours plus ou moins bien appris, et le fameux carton à dessin.
Pas le temps de prévenir la famille de l'arrivée du fils à la maison. De toute façon, à cette époque pas de portable, les parents ne possédaient d'ailleurs pas le téléphone. Il n'y avait que le télégramme pour prévenir mais je n'en eus pas le courage.
Mon vélo était encore dans une remise, je calai le tout tant bien que mal sur le porte-bagages et me voilà parti sur les routes. Montmirault Etampes, je connaissais pour l'avoir fait pendant deux années de suite, mais le plus dur fut le trajet Etampes Orléans La Ferté St Aubin. Près de cent kilomètres à vélo, chargé comme un mulet. J'avoue que je ne le ferais plus.
Parti en début d'après-midi du centre, j'arrivai en pleine nuit à la maison, complètement épuisé. Tout le monde dormait bien sûr.
Ma mère, affolée de me voir dans ces conditions se calma assez vite, voyant que je n'avais pas trop souffert de l'expédition. Je mis quand même deux jours à me remettre de la fatigue dans les jambes.
Il restait une quinzaine de jours avant la date de l'examen du C.A.P. à Corbeil, j'en profitais pour bûcher mes cours. De toute façon, il n'y avait rien d'autre à faire.
Parcourir trois années de leçon en quinze jours, c'était un record. Je me fiai à ma très grande mémoire pour emmagasiner toutes les données que je jugeais nécessaires pour l'examen.
D'ailleurs, conscient que je n'avais pratiquement rien fait pendant ces trois années d'internat, le dernier mois, tous les soirs dans mon lit sous les couvertures avec une lampe de poche, je relisais mes cours. Mais est-ce que ce serait suffisant pour décrocher le C.A.P. ?
La veille de l'examen, je partais seul en train pour Corbeil, pensant trouver un hôtel pour y passer la nuit. Manque de bol, la ville était en fête pour, je crois, une grande foire annuelle, donc impossible de trouver une chambre dans toute la ville.
Mais ce n'est pas cela qui m'arrêta. Je me rendis au collège où, le lendemain je devais passer l'épreuve. Situé hors de la ville, il y avait un champ de blé tout près. Je revins le soir à la tombée de la nuit et, me frayant un chemin dans les sillons assez loin de la route pour ne pas être repéré, je passai la nuit à la belle étoile. Au petit jour, le premier arrivé et pour cause, on nous offrit un petit déjeuner avant de commencer.
Pendant toute la journée, épreuves sur épreuves, je passai ce fameux diplôme que je décrochai avec mention assez bien.
Ces trois années ne furent pas trop gâchées en fin de compte, mais j'avoue que j'aurais dû mieux les passer en étant un petit peu plus assidu.
"N'est-ce pas M le Directeur?".
C.A.P. en poche j'étais près à me lancer sur le marché du travail mais, à dix huit ans et demi, je fus vite convoqué pour les trois jours, l'armée m'attendait.

*CI-BI; Citizen Band, la bande du citoyen. Emetteur récepteur sur 27 Méga-liertz disposé dans les véhicules pour discuter entres conducteurs et avec des stations fixes. Très à la mode dans les années 1980.





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MessageSujet: Re: 1 / Livre une vie, ma vie...   Lun 15 Oct - 6:36

Bonjour toujours beau partage







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